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pascal-sombardier.com

Topos et photos sur la montagne hors des sentiers battus, par l'auteur des Randonnées du vertige

Les grottes de glace de l'Homme

Situé sous quelques-uns des sommets et des glaciers les plus prestigieux du massif des Écrins, le sauvage vallon de l'Homme est fréquenté en hiver par quelques skieurs-alpinistes qui descendent par là du refuge de l'Aigle, une aventure risquée en raison des redoutables crevasses du glacier de l'Homme et des avalanches qui peuvent dévaler jusqu'à la Romanche. Cette descente, que j'avais effectuée il y a plus de quarante ans, m'a laissé des impressions de sublime et d'inquiétude. À l'époque, j'étais moins intéressé par les merveilles naturelles qu'on peut croiser en montagne, mais de toute façon, je ne pense pas que les grottes de glace, révélées par un compte-rendu succinct de C2C daté de février 2023, existaient. Sans cette publication, je n'aurais jamais imaginé retourner dans ce vallon un peu casse-pattes depuis le bas. Et pourtant, ce fut fait avec Éric Babbini en ce chaud mois de juillet 2023.

La formation de ces grottes est probablement due au réchauffement climatique, le torrent de l'Homme étant devenu assez violent pour se frayer un chemin dans la faible épaisseur de glace qui subsiste et dont on peut expliquer la présence à une altitude si modeste (2300 m) par l'exceptionnelle ampleur des quatre grands glaciers situés au-dessus (Armande, Lautaret supérieur et inférieur + l'Homme).

Alors, monter là-haut en été, est-ce raisonnable ? C'est raide, chaotique, fatigant, improbable... Mais finalement assez court, et la récompense est telle qu'on oublie rapidement tous ces désagréments. Sous les yeux de la Meije et du Gaspard, l'ambiance est grandiose. Au centre de ce décor sauvage à l'excès, le spectacle de ces grottes aux multiples ouvertures restera pour moi l'un des plus étonnants, d'autant plus que, de loin ou de dessus, il ne se laisse pas deviner. Alors, quand l'inattendu s'ajoute à la féerie...

Les photos publiées ci-dessous ont été prises le 20 juillet 2023. Attention, depuis, une canicule tardive a accéléré la fonte du glacier et augmenté le risque d'effondrements dans ces grottes. Il est fortement conseillé de ne pas venir ici trop nombreux, de ne pas traîner longtemps au même endroit et de porter le casque.

Topo détaillé par simple clic sur le doc PDF ci-dessous :

Depuis l'illustrissime sentier des Crevasses, on voit parfaitement le vallon de l'Homme dominé par le pic Gaspard et la Meije. Les grottes de glace sont également bien visibles (tout en bas du V).

Depuis l'illustrissime sentier des Crevasses, on voit parfaitement le vallon de l'Homme dominé par le pic Gaspard et la Meije. Les grottes de glace sont également bien visibles (tout en bas du V).

Pour comparaison, j'avais fait cette photo en 1993 en été. La remontée des glaciers laisse rêveur. Il y a 30 ans, tous se rejoignaient à l'endroit où l'on peut voir aujourd'hui les grottes.

Pour comparaison, j'avais fait cette photo en 1993 en été. La remontée des glaciers laisse rêveur. Il y a 30 ans, tous se rejoignaient à l'endroit où l'on peut voir aujourd'hui les grottes.

Les grottes de glace de l'Homme
Le vallon de l'Homme tel qu'on le voit depuis le sentier qui monte à l'Alpe de Villar-d'Arène.

Le vallon de l'Homme tel qu'on le voit depuis le sentier qui monte à l'Alpe de Villar-d'Arène.

Peu après la confluence du torrent de l'Homme avec la Romanche, il va falloir traverser celle-ci sur cette échelle, dont la fixation laisse à désirer...

Peu après la confluence du torrent de l'Homme avec la Romanche, il va falloir traverser celle-ci sur cette échelle, dont la fixation laisse à désirer...

Ensuite, il faut monter le long du torrent de l'Homme, sous la Cathédrale, qui en impose vue sous cet angle (en fait, remis dans le contexte du cirque qui le domine, c'est un tout petit sommet).

Ensuite, il faut monter le long du torrent de l'Homme, sous la Cathédrale, qui en impose vue sous cet angle (en fait, remis dans le contexte du cirque qui le domine, c'est un tout petit sommet).

Plusieurs berceaux de dalles granitiques adhérentes se remontent plus facilement qu'on ne pourrait le croire.

Plusieurs berceaux de dalles granitiques adhérentes se remontent plus facilement qu'on ne pourrait le croire.

On arrive en vue du cirque où se blotissent les glaciers d'Armande, du Lautaret et de l'Homme. Le pic Gaspard (3881 m, au fond à gauche) est le maître des lieux.

On arrive en vue du cirque où se blotissent les glaciers d'Armande, du Lautaret et de l'Homme. Le pic Gaspard (3881 m, au fond à gauche) est le maître des lieux.

Le glacier le plus à droite est celui de l'Homme, dominé par le refuge de l'Aigle bien visible ici. En hiver, c'est l'occasion d'une des plus magistrales descentes à skis du massif (photo Éric Babbini).

Le glacier le plus à droite est celui de l'Homme, dominé par le refuge de l'Aigle bien visible ici. En hiver, c'est l'occasion d'une des plus magistrales descentes à skis du massif (photo Éric Babbini).

Vers 2300 m, on débouche sur le grand replat où se trouvent les grottes. L'énorme entrée inférieure est bien visible, mais on voit aussi une des entrées supérieures plus haut à droite.

Vers 2300 m, on débouche sur le grand replat où se trouvent les grottes. L'énorme entrée inférieure est bien visible, mais on voit aussi une des entrées supérieures plus haut à droite.

Il faut d'abord tirer à gauche et traverser un névé sous le glacier du Fauteuil, dont les séracs semblent inquiétants, mais restent en fait assez stables (invisible sur cette photo, car suspendus dans la face nord de la pointe Nérot).

Il faut d'abord tirer à gauche et traverser un névé sous le glacier du Fauteuil, dont les séracs semblent inquiétants, mais restent en fait assez stables (invisible sur cette photo, car suspendus dans la face nord de la pointe Nérot).

Il faut ensuite traverser le torrent issu de la grotte. Là, on peut envisager d'y entrer par la droite, ou continuer à droite pour aller directement aux ouvertures supérieures.

Il faut ensuite traverser le torrent issu de la grotte. Là, on peut envisager d'y entrer par la droite, ou continuer à droite pour aller directement aux ouvertures supérieures.

L'entrée principale de la grotte est assez grande, et il ne faut pas traîner pour y entrer. Les chutes de pierres qui viennent du glacier en mouvement au-dessus sont en effet assez fréquentes.

L'entrée principale de la grotte est assez grande, et il ne faut pas traîner pour y entrer. Les chutes de pierres qui viennent du glacier en mouvement au-dessus sont en effet assez fréquentes.

En plus, il faut traverser un rideau de douche... (photo Éric Babbini).

En plus, il faut traverser un rideau de douche... (photo Éric Babbini).

Mais la récompense est là.

Mais la récompense est là.

Une vue rare et impressionnante du grand tunnel d'entrée.

Une vue rare et impressionnante du grand tunnel d'entrée.

Malgré l'ambiance humide, froide et sombre, "il Dottore" est heu-reux...

Malgré l'ambiance humide, froide et sombre, "il Dottore" est heu-reux...

Le tunnel doit faire près de 200 mètres, et il ne faut pas se laisser impressionner par le fond sombre et malcommode, d'où l'on ne voit pas la sortie cachée par ce coude à droite.

Le tunnel doit faire près de 200 mètres, et il ne faut pas se laisser impressionner par le fond sombre et malcommode, d'où l'on ne voit pas la sortie cachée par ce coude à droite.

Et cette sortie débouche à l'air libre sur le glacier, devant une autre entrée. Les yeux exercés des arch-hunters auront repéré une petite arche à l'intérieur de ce gros tunnel.

Et cette sortie débouche à l'air libre sur le glacier, devant une autre entrée. Les yeux exercés des arch-hunters auront repéré une petite arche à l'intérieur de ce gros tunnel.

L'ambiance est ici nettement plus accueillante, et les reliefs glaciaires nombreux (photo Éric Babbini).

L'ambiance est ici nettement plus accueillante, et les reliefs glaciaires nombreux (photo Éric Babbini).

La vraie cathédrale, elle est là.

La vraie cathédrale, elle est là.

Les amateurs d'arches ne seront pas déçus.

Les amateurs d'arches ne seront pas déçus.

On voit au fond le col du Lautaret. Donc, du Lautaret, regardez bien et vous verrez ces grottes.

On voit au fond le col du Lautaret. Donc, du Lautaret, regardez bien et vous verrez ces grottes.

Sculpture naturelle sans doute éphémère.

Sculpture naturelle sans doute éphémère.

Dans un des tunnels, la paroi de droite ne mesure que quelques centimètres d'épaisseur. Les rayons du soleil la traversent et font ressortir la couleur de la glace.

Dans un des tunnels, la paroi de droite ne mesure que quelques centimètres d'épaisseur. Les rayons du soleil la traversent et font ressortir la couleur de la glace.

Magique !

Magique !

Il ne faut pas oublier que le glacier bouge, et il vaut mieux s'écarter des traces d'éboulement.

Il ne faut pas oublier que le glacier bouge, et il vaut mieux s'écarter des traces d'éboulement.

Malheureusement, avec le réchauffement, ce glacier, qui ne fait que quelques dizaines de mètres d'épaisseur, risque, à cette altitude modeste, de totalement disparaître d'ici une petite décennie.

Malheureusement, avec le réchauffement, ce glacier, qui ne fait que quelques dizaines de mètres d'épaisseur, risque, à cette altitude modeste, de totalement disparaître d'ici une petite décennie.

Depuis l'arche de glace, l'ouverture la plus haute apparaît.

Depuis l'arche de glace, l'ouverture la plus haute apparaît.

Nous sommes montés un peu au-delà, jusqu'au pied de la cascade, mais sans rien voir de plus.

Nous sommes montés un peu au-delà, jusqu'au pied de la cascade, mais sans rien voir de plus.

En redescendant péniblement par le glacier couvert de caillasses, on croise encore d'autres ouvertures et d'autres arches de glace.

En redescendant péniblement par le glacier couvert de caillasses, on croise encore d'autres ouvertures et d'autres arches de glace.

Vu de dessus, ce décor chaotique et minéral ne laisse pas vraiment présager les trésors qu'il dissimule (photo Éric Babbini).

Vu de dessus, ce décor chaotique et minéral ne laisse pas vraiment présager les trésors qu'il dissimule (photo Éric Babbini).

La redescente du vallon de l'Homme risque de prendre autant de temps qu'à la montée, le terrain ne permettant pas de courir, loin de là... (photo Éric Babbini)

La redescente du vallon de l'Homme risque de prendre autant de temps qu'à la montée, le terrain ne permettant pas de courir, loin de là... (photo Éric Babbini)

Nous avions prié pour que la chaleur n'augmente pas le débit de la Romanche au point de recouvrir l'échelle. Dieu nous a exaucés (-:  (photo Éric Babbini)

Nous avions prié pour que la chaleur n'augmente pas le débit de la Romanche au point de recouvrir l'échelle. Dieu nous a exaucés (-: (photo Éric Babbini)

Les grottes de glace de l'Homme

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F
Quelle est la meilleure période (ou la moins risqué peut être) pour y aller ?<br /> Merci
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P
Il vaut mieux attendre la fin des grosses chaleurs. Début octobre. Ce sera bien.
S
On y est allé hier : austère, superbe, sauvage et un peu inquiétant. Merci pour cette découverte. Topo nickel.<br /> (Au départ, on gagne 1/4h en attaquant la montée vers l'Alpe de villar d'arène, dès que l'on voit la fameuse échelle en contre bas, on revient de quelques mètres sur ses pas et on la rejoint rapidement)
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B
Magnifiques photos ! De superbes paysages, ça fait rêver !
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P
Splendide aventure sauvage ! Je vois que les ballades ont reprises.
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