Topos et photos sur la montagne hors des sentiers battus, par l'auteur des Randonnées du vertige
25 Juillet 2026
Dans "Vertiges d'en haut" paru en 2010, j'avais fait connaître ce chemin spectaculaire et un peu hors norme qui relie Chamrousse au cirque de la Petite Vaudaine. L'ambiance très impressionnante de l'immense versant qu'il traverse était accentuée par la relative difficulté d'un sentier étroit et peu tracé, souvent en dévers au-dessus d'un vide très présent. Il s'agissait d'une aventure réservée à des montagnards aguerris et habitués à ce genre de parcours. À des époques plus anciennes, ce chemin a dû être important pour les bergers, les chasseurs et les forestiers, comme en témoignent divers aménagements. Dès le creux des Lessines, des petits ponts de pierre facilitent la traversée dans le pierrier. À l'autre extrémité, plus près de la Vaudaine, des câbles tentent de sécuriser des vires étroites. Mais en 2010, on pouvait déjà observer des dégradations. Le versant raide et tourmenté est sujet aux avalanches, aux éboulements et aux coulées de boue et de pierres, des phénomènes qui s'accentuent d'année en année avec les perturbations dues au réchauffement climatique.
Après la parution de mon livre, les aménagements ont été complétés et améliorés (par l'ONF, m'a t-on dit, qui loue ce domaine aux chasseurs de chamois). Des câbles ont été refixés, des terrassements et même un escalier de troncs dans un couloir terreux avaient rendu le chemin plus fréquentable.
Malheureusement, tout cela a été balayé par les orages et les grosses chutes de neige de ces dernières années. Je suis allé voir l'étendue des dégâts en juillet 2026 et, par correction, je me sens obligé d'informer mes lecteurs de la mort lente de ce magnifique chemin. Les câbles sont à moitié arrachés, l'escalier a disparu et laisse place à un toboggan malsain, des glissements de terrain font petit à petit disparaître la trace par endroit, et surtout, deux énormes ravins ont totalement dévasté toute la pente située sous le Grand Van. Je les ai quand même traversés en taillant des marches avec un piolet, mais ça n'a rien d'agréable et c'est même assez dangereux. Vu l'ampleur des dégâts et ce que nous réservent probablement les années à venir, je crains qu'on ne puisse réhabiliter à nouveau ce chemin.
Pour ceux qui voudraient toutefois profiter une dernière fois de cette ambiance unique avant que tout ne disparaisse, il est encore possible de faire la moitié ouest en partant de Chamrousse. Le chemin est acceptable quoique étroit, mais attention, il faut avoir le pied très sûr et aucune appréhension du vide, c'est loin d'être "roulant". On s'arrêtera au belvédère central, d'où l'on voit le cirque de la Petite Vaudaine, avant la descente vers les vires câblées. Il est encore possible de descendre dans les aulnes (très raide et glissant, corde utile à laisser pour la remontée) vers celles-ci et de les parcourir, mais il vaudra mieux s'arrêter avant les ravins du Grand Van.
Et puis, il reste la montée à la Petite Vaudaine depuis Livet par ce si beau chemin qui fait vite oublier la triste vallée de basse Romanche, et la prolongation éventuelle par le col homonyme et les lacs Robert.
Après le creux des Lessines à Chamrousse, on monte au pas des Escombailles avant de changer d'orientation et de s'engager sur le balcon proprement dit. Au fond, la Botte (2248 m).
Attention, au point 2061 d'IGN, il faut descendre dans un petit pierrier pour poursuivre le bon chemin, alors qu'une trace très escarpée et dangereuse part droit à flanc dans la pente. C'est le résultat d'erreurs d'itinéraire répétées et elle oblige ensuite à descendre un couloir très raide pour retrouver le chemin.
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En revanche, ce passage situé un peu plus loin utilise une corniche rocheuse bien pratique et saine.
En juillet 2026, on peut toujours aller sans trop de difficulté jusqu'à ce belvédère (à environ 2050 m) d'où l'on voit le cirque de la Petite Vaudaine. Au centre, le pic de Mirebel (2603 m), et à droite, le pic de l'Homme (2400 m). Au centre de la photo, on aperçoit ce qu'il reste du chemin dans sa traversée finale avant la cabane de Vaudaine.
En descendant depuis le belvédère 2050 m, on arrive sur des vires câblées. Quelques câbles ont été arrachés par les avalanches, mais ça passe encore bien.
Si l'on a réussi à se sortir indemne des ravins du Grand Van, le chemin continue jusqu'à la cabane de Vaudaine. Mais c'est un peu tenter le Diable...
Là où l'ONF avait installé un bel escalier, il n'y a plus qu'un toboggan terreux et glissant. Le câble permet de passer in extremis, mais c'est vraiment raide.